Si des traditions inexorables ne lui avaient pas permis de changer une gouvernante [1388] qui ne lui paraissait pas à la hauteur de sa grave mission, du moins la Reine se promettait-elle bien de suppléer elle-même à l'insuffisance de cette gouvernante, et, dès le début, elle s'était tracé un plan que Mercy qualifiait de «très sage et très réfléchi [1389]». Elle tenait avant tout à ce qu'aucune idée de grandeur ne germât prématurément dans l'esprit de l'enfant [1390]. Sans supprimer absolument l'étiquette, elle était résolue à retrancher toute mollesse nuisible, toute affluence inutile de gens de service, toute image propre à faire naître des sentiments d'orgueil [1391]. Ce plan, Marie-Antoinette y fut fidèle, et sous l'œil de son père et de sa mère, Marie-Thérèse-Charlotte grandit dans la pratique des fortes et chrétiennes vertus.
Mais il fallait un Dauphin. «Nous espérons que la Reine se conduira mieux l'année prochaine,» écrivait une femme de la Cour, le lendemain même de la naissance de Madame Royale [1392]. Les poètes s'exerçaient sur ce sujet. La comtesse Fanny de Beauharnais qui, paraît-il, avait prédit à la jeune souveraine la naissance d'un fils, réparait son erreur par ce quatrain:
Oui, pour fée étourdie à vos traits je me livre;
Mais si ma prophétie a manqué son effet,
Il faut vous l'avouer, c'est qu'en tournant le livre,
J'avais pour le premier pris le second feuillet [1393].
Et le poète Imbert, reprenant la même pensée, composait les quatre vers suivants, qui couraient tout Paris:
Pour toi, France, un Dauphin doit naître.
Une princesse vient pour en être témoin;