A trois heures, le nouveau né fut baptisé dans la chapelle de Versailles, par le cardinal de Rohan, grand aumônier. Il était tenu sur les fonts par Monsieur au nom de l'Empereur, par Mme Élisabeth, au nom de la princesse de Piémont, et nommé Louis-Joseph-Xavier-François. Après la cérémonie, le comte de Vergennes, grand trésorier du Saint-Esprit, lui porta le cordon bleu; le marquis de Ségur, ministre de la guerre, la croix de Saint-Louis [1422]. Le Te Deum succéda au baptême et, le soir, il y eut feu d'artifice sur la place d'Armes [1423].
C'était au surplus un bel enfant, que ce Dauphin, d'une force surprenante, disait-on [1424], et quand on le voyait, frais et rose, dans son petit lit, bercé par sa nourrice, Mme Poitrine,—un nom prédestiné,—robuste paysanne des environs de Sceaux, qui jurait comme un grenadier, ne s'étonnait de rien, pas même des dentelles et des bonnets de six cents livres dont on l'affublait, mais déclarait qu'elle ne mettrait pas de poudre parce qu'elle ne s'en était jamais servie [1425], on asseyait sur cette jeune tête les plus beaux rêves d'avenir. Les dames de la Cour, admises à contempler l'enfant royal, le trouvaient beau comme un ange [1426]; les courtisans se disputaient déjà sur le choix du futur gouverneur et l'on remarquait, non sans malice, la mine désappointée du duc de Guines qui s'était flatté d'avoir cette place et à qui sa récente disgrâce enlevait tout espoir [1427]. Puis venait le compliment du premier président de la Cour des comptes et celui de l'avocat général de la Cour des aides, qui disait au Dauphin: «Votre naissance fait notre joie; votre éducation fera notre espérance; vos vertus, notre bonheur [1428].»
A Paris, les transports ne furent pas moins vifs, lorsque M. de Croismare, lieutenant des gardes du corps, fut venu annoncer la grande nouvelle à l'Hôtel-de-Ville. On riait, on s'embrassait dans les rues. Le soir même, à la Comédie italienne, Mme Billioni, qui remplissait un rôle de fée, chanta le couplet suivant composé par Imbert:
Je suis fée et veux vous conter
Une grande nouvelle:
Un fils de roi vient enchanter
Tout un peuple fidèle.
Ce Dauphin, que l'on va fêter,
Au trône peut prétendre;
Qu'il soit tardif pour y monter,