«Mépris de vous-même et mépris de la vie.»

Lorsque de Sèze eut achevé son discours, le Roi se leva et prononça d'un ton ferme ces paroles:

«Messieurs, on vient de vous exposer mes moyens de défense; je ne vous les renouvellerai point. En vous parlant peut-être pour la dernière fois, je vous déclare que ma conscience ne me reproche rien et que mes défenseurs ne vous ont dit que la vérité.»

Mais est-ce que les Conventionnels avaient souci de la conscience, et ne pouvaient-ils pas répondre comme Pilate: «Qu'est-ce que la vérité?»

Le lendemain, de Sèze remit au Roi plusieurs exemplaires de son plaidoyer. Un municipal, nommé Vincent, se chargea d'en porter secrètement un exemplaire à la Reine. La malheureuse femme le lut avec une attention haletante; mais elle ne se leurrait d'aucun espoir et d'une main fiévreuse, mais ferme, elle traça sur le premier feuillet ces lignes: «Oportet unum mori pro populo [1421]

Le mardi, 1er janvier 1793, fut triste à la Tour. Le matin Cléry s'approcha du lit du Roi et lui demanda la permission de lui offrir ses vœux. «Je reçois vos souhaits,» répondit le prince, en lui tendant une main que le fidèle serviteur arrosa de larmes. Dès qu'il fut levé, il pria un municipal d'aller savoir des nouvelles de sa famille et lui présenter ses vœux pour la nouvelle année. Son ton était si déchirant, qu'un des commissaires, ému, dit à Cléry: «Pourquoi le Roi ne demande-t-il pas à voir sa famille? Maintenant que l'interrogatoire est terminé, cela ne souffrirait aucune difficulté.» Sur ces entrefaites, le municipal qui était allé chez la Reine rentra et annonça au prisonnier que sa famille le remerciait de ses souhaits et lui adressait les siens. Le Roi fut attendri: «Quel jour de nouvelle année!» dit-il tristement.

Le soir, Cléry lui fit part de sa conversation avec le commissaire et l'assura que la Convention l'autoriserait certainement à voir les siens. «Dans quelques jours, répondit le prince, ils ne me refuseront pas cette consolation; il faut attendre [1422]

Et cependant, la pensée du malheureux souverain se reportait constamment sur sa famille; il y revenait sans cesse dans ses entretiens avec ses défenseurs et sa voix s'attendrissait, ses yeux se baignaient de larmes, quand il parlait de sa sœur dont la vie n'avait été «qu'affection, dévouement et courage», de ses enfants «si malheureux déjà à leur âge», de la Reine, si insultée, si calomniée, si méconnue: «S'ils,—les Français,—savaient ce qu'elle vaut, disait-il, s'ils savaient à quel degré de perfection elle s'est élevée depuis nos infortunes, ils la révéreraient, ils la chériraient; mais, dès longtemps, ses ennemis et les miens ont eu l'art, en semant des calomnies parmi le peuple, de changer en haine cet amour dont elle fut si longtemps l'objet.»

Et passant rapidement en revue la conduite de la Reine et les imputations dont on avait voulu la noircir: