CHAPITRE XX
Suites du 20 juin.—Entrevue du Roi avec Pétion.—Proclamation de Louis XVI.—Voyage de Lafayette à Paris.—Lettre de la Reine à Mercy.—Attaques des Girondins contre le Roi.—Pétion suspendu, puis rétabli.—Insultes à la famille royale dans le jardin des Tuileries et sur la terrasse des Feuillants.—Un assassin s'introduit aux Tuileries.—Arrivée des fédérés à Paris.—Le Roi se fait faire un plastron.—Tentatives pour arracher la famille royale aux dangers de Paris.—Le prince Georges de Hesse.—Mme de Staël.—Le duc de Liancourt.—Plan de Lafayette.—La Reine refuse tout.—Son antipathie contre Lafayette.—Pourquoi?—Surveillance incessante autour des Tuileries.—La Fédération du 14 juillet 1792.—Alertes continuelles: le 26 juillet.—Lettres de la Reine à Fersen.—Entrée des Marseillais.—Leur conflit avec les grenadiers des Filles-Saint-Thomas.—Dernière lettre de la Reine à Fersen.—Marche des armées coalisées.—Manifeste du duc de Brunswick.—Son effet déplorable.—Avances des Girondins à la Cour.—Les Jacobins redoublent d'efforts.—Pétion demande la déchéance du Roi.—Arrêté de la section Mauconseil.—Préparatifs du 10 août.—Illusions de la Cour.—Son impuissance.—Dernière messe de la famille royale aux Tuileries.
Le lendemain de cette déplorable journée, le jeudi 21 juin, de nouveaux attroupements se formèrent; l'alarme se répandit au Château, et le petit Dauphin, se pressant contre sa mère, s'écria en pleurant: «Maman, est-ce que hier n'est pas encore fini [1095]?»
Ce même jour, Pétion, le Pilate de la royauté, comme on l'a justement appelé, eut l'audace de reparaître aux Tuileries; il y trouva réunis le Roi et la Reine, avec le procureur du département, Rœderer, et quelques amis: «Sire, dit-il, nous avons appris que vous aviez été prévenu qu'un rassemblement se portait sur le Château. Nous venons vous informer que ce rassemblement est composé de citoyens sans armes qui veulent planter un mai. Je sais, Sire, que la municipalité a été calomniée; mais sa conduite sera connue de vous.»
«Elle doit l'être de la France entière,» répondit sèchement le Roi; «je n'accuse personne en particulier; j'ai tout vu.»
Pétion chercha à se justifier et à justifier l'émeute: «Sans les précautions prises par la municipalité,» reprit-il, «il serait peut-être arrivé des événements beaucoup plus fâcheux, non pas contre votre personne.» Et fixant la Reine qui était à côté de son mari: «Vous devez savoir, Sire, que votre personne sera toujours respectée.»
Son air était provocant. Louis XVI perdit patience:
«Taisez-vous,» dit-il d'un ton absolu et d'une voix forte. «Est-ce respecter ma personne, que d'entrer chez moi en armes, de briser mes portes et de forcer ma garde?»
«Sire, répondit le maire, je connais l'étendue de mes devoirs et ma responsabilité.»