Dans les baraques, longs bâtiments sales, les ouvriers se réveillaient. De loin, tous se ressemblaient, en loques, nu-pieds… Leurs voix rauques retentissaient jusqu’au rivage ; l’un d’eux frappait contre un tonneau vide, et les coups secs se multipliaient : on eût dit un roulement de tambour. Deux femmes se chamaillaient, avec des voix perçantes ; des chiens aboyaient.
— On commence à se remuer, dit Iakov. Et moi qui voulais partir de bonne heure pour la ville !… J’ai perdu mon temps avec toi…
— On ne fait rien de bon en ma compagnie ! dit-elle, moitié plaisante, moitié grave.
— Quelle habitude tu as d’effrayer les gens ! répondit Iakov.
— Tu verras, quand ton père…
Ce rappel du père le fâcha.
— Quoi, mon père ? cria-t-il rudement. Mon père !… je ne suis pas un gamin. En voilà une histoire ! Ici on n’est pas dans un couvent… Je ne suis pas aveugle, que diable ! Lui non plus n’est pas un saint, il ne se prive de rien… Et qu’on me laisse tranquille !
Elle le regarda d’un air moqueur et demanda avec curiosité :
— Te laisser tranquille ? et qu’est-ce que tu médites donc ?
— Moi ? (Il gonfla ses joues et bomba sa poitrine, comme s’il se préparait à soulever un poids.) Moi, je suis capable de bien des choses ! J’ai secoué la poussière du village.