Les railleries de ce garçon roux et désagréable provoquèrent en Iakov un ressentiment aigu contre son père… Et Malva dont il ne pouvait rien tirer ! Ses yeux étaient parfois prometteurs, parfois tristes, et puis elle exaspérait en lui le désir jusqu’à la douleur.

Iakov vint chez le père ; il le considérait comme une pierre sur son chemin, qu’il était impossible d’escalader ni de contourner. Mais, se sentant de force contre cet adversaire, Iakov lui plongeait dans les yeux un regard qui voulait dire : « Touche-moi, si tu l’oses ! »

Ils avaient déjà pris deux verres chacun, sans avoir encore échangé de paroles, sauf quelques phrases insignifiantes sur la vie à la pêcherie. Seuls au milieu de la mer, ils accumulaient en eux de la haine, et tous deux savaient que bientôt cette haine, allait éclater et les enflammer.

Les nattes de la cabane frémissaient au vent, les écorces s’entre-choquaient, le chiffon rouge au bout du mât murmurait quelque chose. Tous ces bruits étaient timides et pareils au bégaiement sans suite et incertain d’une prière. Et les vagues mugissaient, libres et impassibles.

— Et Serejka, s’enivre-t-il toujours ? demanda Vassili, bourru.

— Il est gris tous les soirs, répondit Iakov en versant de l’eau-de-vie à son père.

— Il finira mal ! Voilà ce que c’est que la vie dévergondée et sans retenue… Et toi aussi, tu deviendras comme lui.

Iakov n’aimait pas Serejka, et c’est pourquoi il répliqua :

— Je ne deviendrai jamais comme lui.

— Non ? dit Vassili en fronçant les sourcils. Je sais, moi, ce que je dis… Combien de temps y a-t-il que tu es ici ? Déjà deux mois ; il faudra bientôt s’occuper du retour. Et combien d’argent as-tu mis de côté ?