Fermant la place Saint-Michel, à hauteur de la fontaine, la barricade défendue la veille par le 248e. Au fond du fossé, étendus, la face saignante et boueuse, une dizaine de cadavres. Entre leurs lèvres glacées par la mort, on a planté des goulots de bouteilles, des pipes culottées... Ignominies!

Les estafettes se succèdent à tout instant, filant au grand galop de leur monture. Un fusilier marin passe, à cheval, le fusil en travers de la selle, portant, accroché à sa ceinture, un képi de commandant fédéré, au quadruple galon d’argent.

perquisitions

Je me sens saisir le bras. C’est un ami, Henri Bellenger, rédacteur au Cri du Peuple, de Vallès.[5]

Je lui conte rapidement ce que j’ai fait depuis notre dernière rencontre, la veille, à la mairie du Panthéon. La nuit passée rue Cuvier. Le terrible réveil. La fuite à travers les cadavres et les barricades.

—J’ai passé la nuit rue de la Montagne-Sainte-Geneviève—me dit-il à son tour. Je ne sais comment je suis ici. Toute la nuit des perquisitions, des arrestations, des fusillades. Toutes ces petites rues sont pavées de morts. Un peloton de chasseurs est monté dans notre maison. Nous avons été descendus une vingtaine. Moi, je m’étais assis sur une borne, attendant. On amena un vieux en chemise, tout tremblant. Un soldat l’aborde.

—Tu te rends, vieux.

Le vieillard regarde le soldat d’un air suppliant.

—Mais oui... oui..., je me rends.

Le soldat a son revolver levé. Il continue: