—Mais, me dis-je en les regardant, ils n’ont pas l’air si canailles que cela!
L’un d’eux a même une bonne grosse face réjouie, avec une tignasse brune toute frisée, et de gros yeux noirs de caniche. L’autre, blond, est plus dur de visage, avec une moustache en croc, qui le fait ressembler à un gendarme déguisé.
Ce gendarme, je ne lui parlerai jamais... Mais l’autre? Si j’essayais? Précisément, il s’approche. C’est lui qui prend la parole:
—Qu’est-ce que vous avez là, au bras?
—C’est un brassard de la Convention de Genève.
—Qu’est-ce que c’est que ça? Connais pas ce brassard.
Pour lui, bien sûr, il n’y a pas d’autre brassard que celui qu’il porte fièrement à la manche de sa redingote noire, une redingote ample, toute neuve, qui lui donne l’air pacifique et cossu d’un compagnon du devoir. Ce mot Genève l’a du reste embêté. Je l’ai vu à son froncement de sourcils. Genève? Genève? Il ne doit pas être bien ferré sur la géographie.
—Allons, décidément, qu’est-ce que c’est que ça? reprend-il.
—C’est, dis-je en mettant dans ma phrase mon plus insinuant accent de sincérité, c’est—et j’appuie bien sur les mots pour vaincre son doute—c’est le brassard de la Convention Internationale de Genève.
Ah, ce qu’il bondit, mon homme!