Et les condamnations pleuvent quand même, frappant innocents et comparses, quand les vrais acteurs restent ignorés!

François fut fusillé à Satory, le 24 juillet 1872, en même temps que Dalivous, Aubry et Saint-Omer. Bénot devait attendre encore six mois avant de s’adosser, le 23 janvier 1873, au poteau d’exécution.

Trouvé et Racine, plus heureux que leur camarade Aubry, virent la peine de mort, à laquelle les avait condamnés le conseil de guerre, commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. Un de nos amis les connut au bagne calédonien de l’île Nou.

Gois, Clavier, Liberton sont morts. Ceux que nous n’avons pu désigner que par une initiale vivent.

Saint-Omer

Le pauvre Saint-Omer mérite une mention spéciale.

Saint-Omer n’était coupable que d’avoir assisté au massacre, comme tant d’autres.

Il fut dénoncé, arrêté et mis à la prison des Chantiers de Versailles, où un de nos camarades, accusé d’usurpation de fonctions—ce qui lui valut cinq ans de prison, peine enviable en ces temps où le bagne guettait tout le monde—l’a connu.

«Saint-Omer, nous raconta son ancien compagnon, était un homme d’environ quarante-cinq ans, à l’allure de Don Quichotte. Il était le propre fils du fameux Saint-Omer, professeur, avec Brard, de calligraphie. Henri Monnier rendit illustres les deux associés. Il avait été négociant à Cuba, et il était arrivé en France aux premiers jours de la guerre. Garde national, Saint-Omer s’était battu à Champigny et à Buzenval, où il fut porté à l’ordre du jour de son bataillon.

«Lorsqu’il fut compris dans le procès de la rue Haxo, où il avait accompagné ses hommes—il était capitaine—il devint inquiet. Nous croyions tous, au fond, qu’il serait acquitté, aucune preuve ne pouvant être invoquée contre lui. Aussi, ne lui ménagions-nous pas les frayeurs, ne pensant guère à l’issue fatale de sa comparution.