aujourd’hui

Le terrain vague, bossué de cailloux, qui vit le grand drame du 26 mai 1871, est aujourd’hui semé de gazon, coupé d’allées bien entretenues. La vasque du milieu est ornée d’un jet d’eau, sur lequel se jouent les arcs-en-ciel, et où s’ébattent, en secouant leurs plumes, de graves canards.[117]

Les grilles en bois qui fermaient l’enclos ont été remplacées par des murs en maçonnerie. Les arbres ont grandi. Le site est plein de fraîcheur et de vie.

Sur l’emplacement du jardin où furent parqués les prisonniers, on a bâti un patronage d’enfants. La bande joyeuse des gamins danse et rit, à cette même place où les cinquante otages attendirent la mort.

Le grand bâtiment à un étage, surmonté d’un clocheton, est toujours là, avec son balcon, d’où regardaient les officiers fédérés.

Le mur sinistre est tout noir. Le temps a effacé les marques blanches qui étaient les éclaboussures des balles.

Le jour où nous visitions, l’officier fédéré C... et moi, les lieux témoins du grand massacre, le jardin était désert.

A peine la gardienne avait-elle ouvert la porte, que nos regards à tous deux se portèrent sur le mur.

J’entrais là pour la première fois. L’officier revoyait, lui aussi, pour la première fois depuis 1871, ce jardin qui devait lui rappeler de si poignants souvenirs.

Je regardai le visage de mon compagnon. Pas un pli ne ridait son front.