je rencontre Vermersch
Fin février 1871.—Boulevard Saint-Michel. Je rencontre Vermersch. Je n’ai point entendu parler de lui depuis les premiers jours du siège. Il est en vareuse d’aide-major. D’où vient-il? Je me rappelle qu’il a quelque peu fait sa médecine. Je m’explique son uniforme. Tout le monde n’a-t-il pas un uniforme? Gill[118] lui-même, le bon Gill, qui n’est cependant pas belliqueux, n’est-il pas apparu, un soir, à notre brasserie de la rue Saint-Séverin, coiffé d’un superbe képi à bande de velours vert sur laquelle se détache un serpent d’Esculape brodé d’argent? Gill était rayonnant.
—D’où diable sors-tu avec ce képi?
Gill, tordant sa moustache:
—Mon cher, je suis aide-pharmacien de mon bataillon.
Gill pharmacien!
Vermersch m’explique que, dès le commencement des hostilités, il s’est engagé dans le corps d’ambulanciers créé par Monseigneur Bauer, un évêque qui fit pas mal de bruit autour de lui, et qui caracolait aux avant-postes, en soutane et en bottes à l’écuyère.
—Veinard. Tu n’as pas eu faim!
Bras dessus bras dessous, nous descendons le boulevard. Un bataillon passe, musique en tête, jouant la Marseillaise. Derrière le commandant, un sergent-major porte une large couronne. Sur le nœud rouge, l’inscription en lettres d’or:
—La République ou la mort!