Nous discutâmes longuement, il m’en souvient, sur la vignette. Fallait-il adopter la vignette d’Hébert: le sans-culotte menaçant de la hache un pauvre petit calotin agenouillé, avec la devise Memento mori?
Non. Ce serait copier trop servilement l’aïeul.
—Nous demanderons quelque chose à Régamey,[122] dit Vermersch.
Deux ou trois jours après cette première conversation, Frédéric Régamey, encore en costume de son bataillon des Amis de la France—vareuse marron—nous montrait l’admirable petite composition qui devait figurer en tête des soixante-huit numéros de notre journal.
Assis sur un tas de pavés, tenant le triangle égalitaire de la main droite, embrassant du bras gauche un canon, un sans-culotte, coiffé du bonnet phrygien, s’appuie sur le lion populaire. A ses pieds, gisent couronnes, mitres et crosses. Une volée d’oiseaux noirs fuit à l’horizon. Sur le ciel clair se détache l’immortelle devise des grands ancêtres:
La République ou la mort!
Quand Régamey mit sous nos yeux cette merveille d’art et de pensée révolutionnaire—signée, à gauche, des deux initiales F. R.—ce fut plus que de la joie. De l’enthousiasme.
—Bravo! A quand le premier numéro! A quand la première grande colère!
Le Père Duchêne était né.
la mère Gaittet