Un bataillon qui revient des avant-postes et qui envoie cinq ou six de ses hommes saluer, dans son échoppe de la rue du Croissant, ce Père Duchêne qui fait la joie des terribles soirées aux avant-postes.

—Tiens! nous le croyions plus vieux que cela, le Père Duchêne!

Et les braves gens serraient nos mains. Parfois, on allait trinquer au comptoir ou au café voisins.

Une après-midi, j’étais seul au Père Duchêne. On frappe à la porte. Une femme. Pour sûr, une citoyenne. Je le vois tout de suite.

—Citoyen, vous ne me connaissez pas. Je suis factrice à la Halle. Le Père Duchêne a dit l’autre jour qu’il fallait payer les Prussiens pour qu’ils fichent le camp et que nous redevenions une nation libre. Moi, je n’ai pas d’argent. Mais si vous voulez accepter cela, je vous le donne.

Et la citoyenne, qui tenait à la main une petite boîte, la dépose sur ma table.

—Ouvrez, citoyen, ouvrez.

Je soulève le couvercle.

—Des bijoux! Et que voulez-vous que nous en fassions?

—Ce que vous voudrez. Vendez-les. Et versez le produit de la vente à l’Hôtel de Ville.