II

la Commune proclamée

Vingt-huit mars. Quatre heures. Je suis au beau milieu de mon article. Je n’ignore pas qu’au même instant, la place de l’Hôtel-de-Ville est en fête. On proclame officiellement la Commune. Mais l’article! Il faut rester...

Boum... Un coup de canon... Je dresse l’oreille... Faut-il reprendre le porte-plume...

Vite! Vite à la place de Grève.

C’est en courant que je descends la rue Montmartre. Rue de Rivoli, aussi loin que porte le regard, ce ne sont qu’uniformes, drapeaux qui flottent, baïonnettes qui scintillent.

Les musiques jouent à plein cuivre.

Dix, vingt, cent bataillons sont là, défilant, disparaissant dans la mer multicolore qui déferle sur la place de l’Hôtel-de-Ville.

Les beaux bataillons! Les mêmes que nous avons vus revenir jadis, pendant le siège, couverts de boue, harassés, sentant la défaite.

Comme ils sont pimpants aujourd’hui, astiqués et remis à neuf!