Et les hommes d’entonner la Marseillaise. La place est traversée sans encombre. Nous sommes à l’avenue des Ternes, où pleuvent les projectiles.

—Vous vous arrêtez au bastion? me demande le commandant.

Je lui explique ma visite.

—Vous voyez, lui dis-je, je vais à un baptême...

L’ancien officier tordit sa moustache.

—Vous aurez de la musique! dit-il en riant.

Et, de fait, pourquoi ne pas l’avouer, je commençais à me sentir le cœur serré. Comment! j’aurais peur! Quelle piètre figure vais-je faire devant ces braves qui passent là leurs jours et leurs nuits! Ah! le blanc-bec que l’odeur de la poudre saoule, au lieu de lui donner la brillante ivresse du courage.

Je pensais à cela, pendant que les obus faisaient au-dessus de nos têtes comme un bruit de voiture qui roule sur les pavés, et que, de temps à autre, nous entendions s’écrouler sur le trottoir les pans de murailles.

Une civière passe, emportant un blessé.

En face de nous, un réverbère oscille et dégringole avec un bruit de ferraille.