III

le canon du Père Duchêne

—Citoyen, vint nous dire un jour un de ces artilleurs de la Commune qui furent autant d’obscurs héros, nous vous attendons demain. Pas à la Porte Maillot. A celle des Ternes, où nous avons couché aujourd’hui sur le bastion une pièce toute neuve. Nous l’avons baptisée. Elle s’appelle le Père Duchêne, et je vous jure qu’elle gueulera ferme!

En route donc le lendemain matin pour la porte des Ternes!

A mi-chemin de la place de la Concorde et de l’Arc de Triomphe, nous croisons le 85e, qui vient du Champ de Mars. Il va remplacer aux barricades de Neuilly le 141e, qui se bat depuis une huitaine.

Il y a là environ deux cent cinquante hommes, qui marchent d’un air résolu.

J’aborde le commandant. L’allure martiale révèle l’ancien militaire. Je lui exprime mon admiration pour l’excellente allure de ses hommes.

—Hum! Hum! me dit-il, ils n’ont pas encore vu le feu. Et ça chauffe là-bas! Mais enfin, ils m’ont l’air décidés. Et puis, ceux qui voudront filer, ma foi, je fermerai les yeux. Pour ce qu’ils nous seraient utiles!

Nous sommes à l’Arc de Triomphe. De gros nuages de poussière montent, comme soulevés par les sabots d’un escadron.

—Les obus! me dit le commandant. Ah! dame, cela va être dur à passer, la première fois. Allons, mes enfants, la Marseillaise!