—Oui, jusqu’à la mort!

Je remontai à notre bureau du Père Duchêne.

Une lettre était arrivée à mon adresse. Je l’ouvris. C’était—ironie du sort—l’annonce des funérailles du garde Turpin,[144] blessé mortellement à Montmartre, le matin du 18 mars, lors de la prise des Buttes.

L’humble citoyen qui agonisait depuis ce jour à Lariboisière mourait au même moment où Paris acclamait le drapeau qu’il avait rougi de son sang.

Pendant toute la soirée, ce fut une débordante allégresse. Les boulevards regorgeaient de promeneurs. A tout moment, quelque bataillon passait, et l’on voyait briller, par-dessus les baïonnettes, les franges d’or de son drapeau.

De toutes les terrasses, de toutes les fenêtres éclataient des cris:

—Vive la Commune!

Des inconnus s’embrassaient, pris d’une sorte de délire.

Lorsque après neuf années d’absence, l’amnistie me rouvrit les portes de Paris, ma première visite fut pour cet Hôtel de Ville que j’avais entrevu une dernière fois dans la bataille, rouge et flambant comme une forge.

Le long de ces murailles noircies par l’incendie, dans ces niches écroulées qui avaient assisté à l’inoubliable spectacle du 28 mars 71, je cherchais du regard les grappes humaines qu’elles avaient abritées au jour de la proclamation de la Commune. J’entendais encore le formidable mugissement de la foule acclamant les élus, pendant que le canon tonnait et que flottaient, au-dessus d’une mer de têtes, les drapeaux rouges des bataillons...