Un garde se détacha du cortège, monta tranquillement les degrés, arriva en face de l’homme et, sans mot dire, d’un solide revers de main, fit voler le chapeau qui roula jusqu’à la chaussée.

Le cortège, avant de s’engager sur les boulevards, fit halte. Des estafettes parcoururent les flancs de la colonne.

En tête, formant avant-garde, le bataillon des jeunes Volontaires de la République, avec leur costume gris ardoise. Derrière eux, deux bataillons fédérés, musique en tête, tambours voilés, drapeau rouge entouré de crêpe.

Les tentures de deuil des trois catafalques disparaissaient sous un amoncellement de couronnes. Aux angles, des faisceaux de drapeaux rouges. Les chevaux caparaçonnés et recouverts d’un long voile. Par-dessus les couronnes, couché sur le catafalque, le dernier linceul de gloire, le drapeau dont on voit briller les franges. Ils sont morts pour lui.

Les membres de la Commune conduisent le deuil. Ils sont une dizaine. Félix Pyat, qui domine ses collègues de sa haute taille. Malon, Amouroux,[146] Arthur Arnould.[147]

Des bataillons suivent, et encore des bataillons. Derrière, un fleuve humain qui s’allonge à chaque pas. De chacune des voies qui coupent les boulevards se détachent des groupes de fédérés, qui viennent grossir le cortège. En passant devant les chars funéraires, les officiers saluent du sabre, les gardes se découvrent.

De cette foule silencieuse, dominant le sourd roulement des tambours ou les notes lugubres des marches funèbres, sort comme un long sanglot.

Beaucoup versent des larmes. D’autres, qui veulent résister, essuient furtivement leurs paupières.

Je regarde ma petite cantinière. Elle marche très fière, en tête de sa compagnie. La pauvrette! Ses yeux, gonflés, humides de pleurs, brillent comme une source vive.

QUELQUES AMIS