Hélas! nous ne devions pas être longtemps amis. Bientôt l’attitude de Pyat à l’Hôtel de Ville nous sembla plutôt néfaste. Sa dispute avec Vermorel, l’âpreté avec laquelle il combattit son jeune collègue, qui devait, aux derniers jours, payer son courage de sa vie, nous éloignèrent de notre mentor. Le Père Duchêne dut attaquer Pyat à maintes reprises. Ce fut alors la brouille complète. Une discussion s’éleva un soir. Le lendemain, Pyat ne revint pas s’asseoir, comme il le faisait tous les jours, à la table où il corrigeait son article. Nous ne nous revîmes plus. Et, faut-il l’avouer, nous en éprouvâmes, longtemps, un vrai chagrin.
II
Rogeard
Vingt-quatre avril. Humbert et moi avons décidé d’aller passer la soirée rue Madame, avec notre vieil ami Rogeard. Précisément, le Père Duchêne du jour lui consacre, ainsi qu’à Pyat, sa Grande Colère. Pyat et Rogeard viennent d’adresser leur démission de la Commune. Rogeard, que les électeurs du sixième arrondissement ont envoyé à l’Hôtel de Ville, refuse d’accepter son mandat. Il n’a été élu que par 2.292 voix. Cela ne lui semble pas suffisant. La loi de 1849 exige le huitième des électeurs inscrits. Rogeard n’a pas récolté ce huitième. Il ne se considère pas comme élu.[151]
Nous avons déjà causé de cela avec notre ami. Nous lui avons fortement conseillé de passer outre. La Commune a besoin d’hommes de valeur. L’auteur des Propos de Labienus ne peut pas, pour une question de légalité, se dérober à l’honneur de lutter pour le triomphe de nos espérances à tous.
Rogeard ne s’est pas laissé convaincre. Il est parti. Nous l’avons rencontré le jour même de sa démission.
—Prenez garde au Père Duchêne! lui avons-nous dit, en riant.
Et j’ai ajouté:
—C’est moi qui ferai l’article.
J’ai fait l’article.