—Je les ai constamment sur moi...
C’était l’un des deux volumes de la toute petite édition, rare aujourd’hui, de l’Histoire de la Révolution de Mignet.
Romantique en diable, ne vivant que par les immortels souvenirs, quelque peu pontife, Pyat nous avait voué, dès son installation dans un angle de notre salle de rédaction, une affection sincère. Oh! il n’aimait pas Hébert cependant! Il en était encore aux durs jugements de Michelet. Cela ne l’empêchait pas toutefois de nous parler sur un ton tout paternel. Il nous appelait «mes enfants». Je crois bien qu’il nous eût volontiers donné, chaque soir, sa bénédiction révolutionnaire.
Parfois, il morigénait, mais si doucement.
Un jour, je lui montrais un article que j’avais écrit, au lendemain de la capitulation, dans la Caricature de Pilotell. Pyat le parcourt. Tout à coup, il se retourne vers moi, le doigt posé sur une ligne du texte.
—Il ne faut jamais écrire cela! me dit-il avec une pointe de mécontentement. Il ne faut jamais écrire que la France est morte...
Je relus le passage qui éveillait les susceptibilités de notre grand ami. J’avais écrit...
«La Patrie est bien morte. Plus de bonnet phrygien, etc...»
—Non, non, répétait Pyat. Il ne faut jamais dire cela. La France n’est pas morte. Elle ne peut pas mourir.
Ah! c’est qu’il était patriote, le vieux Pyat. Et il ne badinait pas sur la tradition, la grande tradition du patriotisme révolutionnaire.