—Allons! Allons! calme-toi, lui dis-je. Que diable! La guillotine n’est pas encore dressée sur la place de la Révolution.

Je courus à la délégation à l’enseignement, chez Vaillant, qui dicta à son secrétaire, Constant Martin,[159] un mot pour Eudes, alors membre du Comité de Salut public. Vaillant apostilla le mot. Je vis Eudes et tout s’arrangea. Je possède encore ce mot de Vaillant à Eudes.

Le Père Duchêne n’avait plus qu’à seconder les efforts de Delescluze, qui succédait à Rossel.

Brave Delescluze! J’ai encore sur la conscience l’accueil presque insolent que nous lui fîmes, lorsqu’il vint prendre possession de la délégation, après la fuite de Rossel de l’Hôtel de Ville. Nous étions, Humbert et moi, dans un salon voisin du cabinet du délégué, quand Delescluze entra, son éternel pardessus gris sur sa redingote noire, chapeau haut-de-forme, canne à la main.

Maigre, jaune, courbé, les traits tirés, spectre en marche vers la mort—héroïque mort—Delescluze vint au groupe auquel nous étions mêlés. Quand nous le vîmes s’approcher, nous quittâmes brusquement nos amis:

—Partons, dit à haute voix l’un de nous. Nous n’avons plus rien à faire ici, puisque Rossel n’est plus là.

Delescluze leva la tête. Je vois encore le regard à la fois dédaigneux et attristé qu’il dirigea sur nous. Je me reproche encore cette grossièreté stupide à l’adresse de celui qui, bientôt, allait nous laisser à tous un si magnifique exemple.

IV

Raoul Rigault

Cependant de nos amis les plus anciens et les plus chers, Rigault ne vint qu’une seule fois nous serrer la main à notre échoppe de la rue du Croissant.