Un citoyen, l’abbé Perrin.

Pendant que je lisais la lettre, le citoyen prêtre était resté debout.

—Vous êtes bien décidé, lui dis-je, à publier cette lettre?

Et, comme il acquiesçait du geste:

—Eh bien! elle sera demain dans la Sociale.

La lettre parut. Elle ne fit, bien entendu, qu’accentuer la brouille de l’abbé Perrin et de son curé Denys. L’abbé Perrin revint nous voir. Il nous fit part de son désir de louer une des églises de Paris,[161] nous demandant notre appui. Loua-t-il l’église, je ne puis le dire. C’est peu probable. Le culte continua dans toutes les églises parisiennes avec le clergé romain, pendant les deux mois d’insurrection. Pâques fut fêté comme à l’ordinaire. Le soir seulement, les églises, quelques-unes d’entre elles, donnaient asile à des clubistes.

Saint-Éloi fut toutefois assez malmenée. Le curé et ses deux vicaires furent arrêtés. L’église servit de dépôt de munitions pendant la Semaine de Mai, et elle courut grand risque d’être incendiée. De tout cela, le pauvre abbé Perrin fut accusé. Certainement bien à tort. Autant qu’il me parut, c’était un homme doux, dont le seul défaut était de croire à l’Évangile des premiers jours.

L’abbé Perrin devait aussi professer sur le célibat des prêtres les principes de l’Église primitive. Un jour qu’il venait nous serrer la main rue du Croissant, il arriva accompagné d’une charmante jeune femme. Il nous dit l’histoire touchante qui avait installé l’amour dans son cœur de prêtre. Ce jour-là, nous déjeunâmes ensemble. Je ne le revis plus.

Dénoncé, l’abbé Perrin fut arrêté et conduit à Versailles. Un de mes amis, arrêté lui aussi, et qui fit huit bonnes années de séjour à l’île Nou—le bagne fut alors l’honneur des plus braves—connut l’abbé Perrin à la prison des Chantiers. Le curé révolté n’avait rien perdu de sa conviction. Quand il sut qu’il était sur le point de passer devant le troisième conseil de guerre, il résolut de paraître, revêtu de son costume sacerdotal, devant ses juges.

Une personne amie—peut-être l’amie fidèle que j’avais vue avec lui rue du Croissant—lui apporta sa soutane. L’autorité fut avertie. On lui enjoignit de renoncer à son projet. Comme il persistait, on lui enleva de force le costume ecclésiastique qu’il se proposait d’endosser le jour venu. L’ex-vicaire de Saint-Éloi dut paraître en civil devant ses juges.