Dans la cour, un grand remuement se fait. Les officiers s’agitent. Au milieu d’eux, un officier supérieur. Un général. Je le reconnais d’après sa photographie, en montre à toutes les devantures, sous le siège. C’est le général de Cissey.[9] Gras, court, les cheveux gris en brosse, il sangle son ceinturon, et, se retournant, fait un signe de la main à un groupe qui franchit le seuil.

En tête de ce groupe, un officier, qui me semble être un officier de gendarmerie. Il salue du geste le général.

Quatre hommes viennent le rejoindre, et l’entourent, l’arme au bras. Le groupe se dirige vers notre salle.

Dès qu’il est en vue, hommes de police et gendarmes se lèvent, comme soulevés par un ressort.

—Allons! Debout! crie l’un d’eux en jetant sur nous un regard furibond. Debout!

Et comme je reste coiffé de mon chapeau rond:

—Et nu-tête, tas de crapules! Allons, nu-tête, nom de Dieu! C’est monsieur le prévôt!

sur deux rangs

Le prévôt passa, tête haute, le cigare aux lèvres. Instinctivement, tous les yeux se tournèrent vers lui. Les têtes, affaissées sur la poitrine, s’étaient relevées brusquement. J’eus le temps de voir les regards effarés de ceux qui, en même temps que moi, avaient été poussés à l’abattoir.

Un bruit de baïonnettes. Une douzaine de lignards entrent en se bousculant. Ils font la haie devant la porte de ce que je sais désormais être la salle du jugement.