—Je ne faisais rien...

—Rien? repartit le prévôt. Vous ne travailliez pas? Entendu... Allons, emmenez-le.

C’était là tout l’interrogatoire.

Quelquefois:

—Videz vos poches.

Et deux agents s’approchaient, l’un tenant le bras du prisonnier, l’autre fouillant, jetant sur la table du tribunal ce qu’il rencontrait, un couteau, une clef, un portefeuille ou un livret, de la menue monnaie ou un journal.

Cette table du jugement était encombrée d’objets disparates, pêle-mêle. Deux ou trois képis d’officiers fédérés, des revolvers, des livres.

J’examinai la salle. Elle me sembla envahie par une sorte de brouillard, qui ne me laissait qu’une perception confuse des choses. Par-dessus les épaules des soldats, je vis, dans les coins, contre les murs, d’autres prisonniers qui attendaient, assis à terre. Des femmes, des enfants. Un de ces enfants, coiffé d’un képi de fédéré. Partout, des armes en tas, jetées sur le sol ou appuyées dans les encoignures des meubles.

le sabre

Tout à coup, le brouillard qui voilait mes prunelles se dissipa. Je sentis à la gorge un violent étranglement. Je fis comme un effort pour marcher en avant, rompre cette haie de fusils qui m’entouraient. Debout dans l’embrasure d’une fenêtre, à trois pas de moi, brillant et aveuglant, je venais de reconnaître le sabre de commandant d’un ami, Gustave Maître,[10] que j’avais rencontré la veille au Panthéon.