Minuit. Quelques-uns sont déjà de retour de l’Hôtel de Ville. On cause autour du poêle de Glaser. Au dehors, le rappel bat encore dans la rue de La Harpe.
Un ami, qui sera près de Rigault à la préfecture, Émile Giffault, raconte notre aventure.
—Nous sommes, vers onze heures, dans le Salon rouge, où sont Blanqui, Flourens, Millière et d’autres. Autour de nous, on dit que les bataillons réactionnaires sont en marche sur l’Hôtel de Ville. D’une minute à l’autre, nous allons être envahis. Giffault se penche à mon oreille. Au milieu du brouhaha, il me crie:
—J’ai des bombes dans ma poche.
Que faire?
Sortir avec?
Dangereux.
Où les cacher?
Et nous voilà, à travers les groupes de tirailleurs, à filer contre les murs, cherchant une issue... Une tenture cède... Derrière, le vide. Une porte ouverte... Nous disparaissons... Une salle déserte... Une autre salle... Nous sommes bien seuls... Derrière les tentures, dans l’angle d’une cheminée monumentale, Giffault dépose doucement, comme dans un nid, ses bombes... Le voilà débarrassé.
Tard, après minuit, volets fermés, la brasserie reste pleine et bruyante. A chaque minute, ce sont des arrivées.