Enfin, à trois heures, nous partons.
La nuit est tout en brouillard.
A la hauteur du jardin de Cluny, à deux pas de moi, un ami, que j’ai vu à l’Hôtel de Ville. Un fidèle de Blanqui. Il pleure et sanglote.
—Eh bien! qu’y a-t-il donc?
—Il y a... Il y a, mon vieux, que la Commune est foutue.
Benjamin Flotte
Une figure. Benjamin Flotte. Un ancien des grands jours. Ami, ombre de Blanqui. Flotte, les cinq années de détention auxquelles il a été condamné à la suite du 15 Mai terminées, s’en est allé à San-Francisco. Cuisinier d’élite, il a fondé une maison prospère. Il est revenu à Paris dans les environs de la déclaration de guerre.
Un soir, nous causons de Blanqui. Flotte garde le silence.
—Eh bien! toi... Dis-nous quelque chose.
—Quand je l’ai revu, il y a trois mois, pour la première fois depuis le procès de Bourges... c’était chez sa sœur, madame Antoine... Elle m’avait averti, la veille, de son arrivée... Je n’avais pas dormi de la nuit... Le revoir!... Quand j’ai franchi la porte du petit salon que tu connais bien, mon cœur battait... Je le reconnais... Il est là, assis devant une table... Il lit... Nous allons nous jeter dans les bras l’un de l’autre... nous embrasser en vieux frères d’armes... Songez, j’étais à côté de lui, le 15 Mai, à la tribune de la Chambre... J’étais à côté de lui partout...