Sur l’avenue. Grand remuement. Les bérets se lèvent, les soldats prennent l’attitude militaire. Qu’y a-t-il? Des hourrahs éclatent.
Loin encore, à moitié chemin de l’Arc de Triomphe, une large bande blanche, frangée d’or au sommet, se détache sur le fond sombre des troupes. Peu à peu le groupe s’approche. Ce sont des cuirassiers blancs.
Sous le manteau entr’ouvert, qui recouvre entièrement la croupe des chevaux puissants, brillent les lanières dorées de la cuirasse. Le casque étincelant, surmonté de l’aigle orgueilleuse, se recourbe en arrière, cachant la nuque du cavalier. La face moustachue est comme sculptée dans le marbre. On dirait quelque vision des temps antiques, une spirale détachée de la colonne Trajane.
Les cuirassiers blancs passent silencieux, impassibles, avec un bruissement de fer. Au milieu d’eux une voiture qu’ils escortent. Assis sur les coussins, enveloppés dans leurs grands manteaux gris, deux officiers. Qui?
vergiss mein nicht
Nous montons jusqu’au Palais de l’Industrie. Une musique militaire est assemblée, accordant ses cuivres, ses hautbois, ses tambours. Les fifres sifflent. Tout autour, les soldats forment le cercle.
Une valse douce s’élève. Et ces hommes, la longue pipe de porcelaine aux dents, leur blague à tabac secouée par la danse, se mettent à tourner comme s’ils étaient à la kermesse.
—Allons-nous-en, dit l’ami qui m’accompagnait. Nous en avons vu assez...
Nous repassons la barricade du quai. Le soldat prussien, astiqué, pimpant, monte toujours sa garde. Le petit pioupiou, las et triste, s’est assis sur les pavés.
Mon ceinturon était encore là. Je n’osai pas le reprendre...