Paget n’a pas perdu de temps.
—Ah! les saints! Ce que je les ai badigeonnés! Ça n’a pas été long... Ils n’y reviendront plus.
Nous traversons ainsi—je crois bien que Paget, dans sa joie, nous fit faire le tour de la maison—de nombreux corridors, dont les inscriptions d’hier—corridor saint ou sainte quelque chose—avaient disparu pour faire place à des appellations plus conformes au décret du directeur de l’Assistance publique de la Commune.
Tout le calendrier révolutionnaire avait été mis à contribution. Paget, en vieux proudhonien, n’avait pas oublié son maître.
—Au moins, lui dis-je, tu as eu soin de ne pas mettre trop près l’un de l’autre Barbès et Blanqui...
Paget me lança un coup d’œil qu’il chercha à rendre sévère. Et subitement:
—Et ce n’est rien que cela. Vous allez voir mes sœurs.
le rêve de Paget
Paget nous a fait préparer, dans une embrasure de fenêtre du réfectoire, une petite table. Le vieux Spartiate, qui a toujours vécu durement, ne possède à l’hôpital qu’une chambrette, semblable à celle que je lui connais depuis deux ans dans un modeste hôtel meublé du quai Saint-Michel, l’hôtel de Suède. Pas de service spécial pour le citoyen directeur. Pas de domestiques autres que ceux qui servent les malades. Sur la table, dans une assiette, un paquet de cigares d’un sou, les mêmes qui ornaient les soucoupes du ministère de l’Instruction publique, pendant son intérim après le 18 mars.
Paget nous dit ses rêves administratifs.