—Où est monsieur le directeur?

—M. Paget? je viens de le voir descendre avec sa ligne...

Avec sa ligne? Quelle ligne? Je n’y comprenais rien. Il faut que l’infirmier, et avec lui la religieuse m’expliquent que chaque jour Paget s’en va, bourgeoisement, sa calotte d’une main, une canne à pêche de l’autre, jeter l’hameçon dans la Seine, sans sortir de l’hôpital.

—Conduisez-moi vers lui sans perdre une minute.

Nous traversons les corridors. Je vois, pour la dernière fois, les inscriptions révolutionnaires passer en grosses lettres rouges devant mes yeux. Adieu, corridor Blanqui! Adieu, corridor Barbès! corridor Proudhon, corridor Lamennais—bien entendu, je ne réponds pas des noms que je cite—je ne vous reverrai plus! Demain, dans huit jours, un pinceau vengeur aura détruit l’œuvre de mon ami Paget...

—Faites attention, nous descendons, me dit l’infirmier.

Je sens une fraîcheur tomber sur mes épaules. Nous nous engageons dans une demi-obscurité. Des marches glissantes, humides, des murs où brillent de longues larmes salpêtrées et verdies par les mousses.

—Mais il me descend dans une oubliette! pensai-je. Paget serait-il déjà prisonnier dans quelque cul de basse-fosse!

Tout à coup, encadré dans le plein cintre d’une arcade pleine de lumière,[214] je vois se détacher de dos la puissante carrure de Paget, accroupi, immobile, tenant la ligne dont m’avait parlé tout à l’heure l’infirmier. A ses genoux une boite en fer-blanc. Accrochée au mur, la calotte légendaire. Le fleuve coule aux pieds du directeur. A un mètre de lui, dans le trouble de l’eau épaissie de vieux cataplasmes jetés par les fenêtres et dont on voit surnager les toiles, le bouchon flotte.

—Ça mord, citoyen directeur? crie l’infirmier.