ceux qui attendent

Je me retrouvai dans la petite cour du Sénat. Il était environ une heure. Le désordre y était encore plus bruyant que lorsque je l’avais traversée pour la première fois, après notre arrestation. Des soldats débraillés, des officiers en tenue de campagne, des agents à brassard, des groupes d’inconnus lamentables, parqués çà et là, et dont on entrevoyait les faces hâves derrière les faisceaux des fusils.

Nous tournâmes à gauche. Un spectacle inoubliable m’apparut brusquement.

Parqués entre un long mur et la limite des bosquets, une masse d’hommes qu’entouraient des soldats.

A notre arrivée, les rangs s’ouvrirent et se refermèrent aussitôt sur moi.

C’était là ce que le prévôt appelait la queue.

J’avais à peine eu le temps de me ressaisir, qu’un peloton arrivait d’un pas tranquille, le fusil sur l’épaule. Les quatre lignards s’arrêtèrent à la tête du groupe, parlementèrent rapidement avec les soldats qui formaient barrière, et j’entendis distinctement, à deux pas de moi, cet appel:

—Six, hors des rangs.

Six hommes, les six premiers, se détachèrent. Ils furent vite enveloppés par les soldats du peloton.

—Eh bien! hurla un colosse moustachu, votre sacrée nom de Dieu de Commune, elle vous a tout de même foutu dans la mélasse, comme disait votre Père Duchêne...