—Que faites-vous ici, me dit-il brusquement? Vous êtes étudiant. Je m’en doute à votre brassard...
Je n’avais point remarqué jusque-là le jeune sous-officier qui m’adressait la parole. Si j’avais pu songer un moment à m’échapper de cet enfer, ce n’était point vers les soldats que mes pensées s’étaient dirigées. Encore moins vers les officiers et sous-officiers que je voyais, depuis des heures et des heures de poignante faction, le veston déboutonné, causant et blaguant, sans un regard de pitié pour cette foule misérable dont on venait, toutes les dix minutes, détacher un paquet pour la mort.
Le sergent continuait:
—Mais pourquoi êtes-vous ici? Dites?...
Cette insistance me frappa. Je me dis que, malgré tout, il y avait peut-être là une corde de salut que je pouvais bien saisir, dût-elle me glisser dans les mains.
—Mais, ce que je fais ici, répondis-je, ma foi, je n’en sais rien...
—Comment? Vous n’en savez rien... Mais, mais... Vous ne voyez donc pas ce qui se passe. Vous n’entendez donc rien...
J’entendais parfaitement. Depuis ma sortie de la salle du jugement, je savais que j’allais à la mort, et que de tous ceux qui m’entouraient, pas un peut-être ne sortirait vivant de ce jardin du Luxembourg...
—Mais, reprit le sergent, vous ne voyez donc pas que vous allez être fusillé?
Plus bas, presque sur mon visage, avec un geste qui embrassa toute cette effroyable «queue» de condamnés: