—Tous ceux qui sont là...

Et, désignant du regard les bosquets:

—Là, derrière...

Puis, m’empoignant par l’épaule:

—Allons, allons, reculez...

J’avais saisi le bras de mon ami A... Tous deux conduits, traînés plutôt par le sergent, nous traversâmes toute la longueur de la «queue».

Nous ne nous arrêtâmes qu’au dernier rang.

Nous avions fait ainsi une vingtaine de mètres. Je calculai que nous étions bien là deux à trois cents misérables.

Lorsque je me trouvai immobile de nouveau, une pensée rapide traversa mon cerveau. J’étais à l’abri pour quelques heures encore. Les deux ou trois cents seraient pris avant moi, s’en iraient avant moi se placer devant les fusils. Et je songeais à la place que j’avais volée, à celle que je laissais au malheureux dont j’avais ainsi avancé l’heure dernière...

—Comme cela, nous dit le sous-officier, vous êtes en sûreté jusqu’à ce soir... Maintenant, vous ne m’avez pas encore dit pourquoi vous étiez arrêté?