Cet homme tenait entre ses mains notre liberté et notre vie. Et, sans nous connaître, sans partager en rien nos opinions, au lieu de nouer nos chaînes, il les brisait, et nous ouvrait tout grand le chemin de la délivrance.
Cinq minutes après, nous étions avec lui au château.
Nous le quittâmes dans la cour pour rentrer chez le jardinier, mettre rapidement cette bonne famille au courant de la situation, faire nos maigres paquets, et demander des indications sur la route.
Il fut convenu que nous nous dirigerions séparément, par des chemins différents, pour rejoindre une gare voisine.
Un quart d’heure et nous étions prêts.
Dans le parc, où il se promenait en attendant notre départ, le maire nous souhaita bon voyage.
—Vite, vite, ne perdez pas votre temps, nous dit-il. Je ne serai tranquille que lorsque je vous saurai loin... Et n’allez pas à la gare d’ici... Le garde champêtre peut s’y être rendu, s’il se doute de quelque chose.
Nous serrâmes la main de ce maire excellent, et nous sortîmes par une porte du parc qui donnait sur la campagne.
Une heure après, nous nous retrouvions, Bellenger et moi, à une gare de bifurcation. Le soir même, nous étions à Troyes.