Et mille histoires semblables.
Les morceaux restaient dans mon assiette. Je sentais une chaleur monter à mon front. Et le bavard continuait. Je devais l’écouter... Enfin, on enleva le dernier plat, on servit le café. Je respirai. Ce dîner m’avait semblé de la longueur d’un siècle.
les deux gendarmes
Tout à coup, une vision me cloue sur ma chaise. Par la porte du fond de la salle, deux gendarmes aux buffleteries blanches, le chapeau en bataille, entrent et se dirigent vers nous.
Oui, c’est bien vers nous, et pas vers d’autres... Je vois distinctement tous les yeux se tourner vers notre place... Sûr, ils ont un mandat. Le champêtre a télégraphié. Nous sommes foutus.
Les deux gendarmes s’arrêtent. Je vois mon café tout trouble. Ils enlèvent leurs chapeaux, détachent avec un bruit de ferraille leurs sabres, qu’ils accrochent aux patères du mur. Ils ôtent leurs gants, qu’ils posent sur la table. Toujours debout, ils passent la main sur leurs moustaches. Ils s’assoient, s’interrogent mutuellement du regard comme pour se concerter... Tout cela a bien duré une minute. Enfin d’une voix tranquille, l’un d’eux dit:
—Deux mazagrans et le cognac!
C’est tout ce qu’ils sont venus chercher.
Nous nous levâmes de table, subitement rassérénés.
consternation