On rit.

Ce sont chaque jour des histoires semblables.

Razoua, qui a écouté sans mot dire, retire sa pipe de ses lèvres, secoue le fourneau sur le marbre de la table... Nous voyons qu’il a quelque chose à raconter...

—Oh! moi, c’est bien simple. J’ai trouvé—et j’en suis fier—un ami qui, certes, ne partage aucune de nos convictions. C’est un aristocrate. Mais c’est avant tout un homme de cœur. Cet ami, riche et titré, m’a offert l’asile que bien d’autres, en ces jours de lâcheté, m’eussent peut-être refusé. Il s’est procuré un passeport espagnol au nom de Martinez... Lui-même, l’ami, est d’origine espagnole... Et moi, basque, je parle la langue... Il a pris deux places de première, et il ne m’a laissé qu’ici, sur la terre libre, après m’avoir embrassé. C’est tout. Vous voyez, mon récit est court.

—Et le nom de cet ami?

—Vous ne le connaissez pas... Il s’appelle le marquis d’Ezpeleta.

Sylvère d’Ezpeleta

Longtemps, bien longtemps après, je publiais, dans l’Aurore, une chronique sur Razoua. Les journaux avaient annoncé la mort d’Antonio d’Ezpeleta, l’escrimeur célèbre. Le mort était-il celui qui avait sauvé notre ami? Je racontai, tel que Razoua nous l’avait dit à Genève, le court récit de l’évasion. Quelques jours après, je recevais de M. Sylvère d’Ezpeleta la lettre suivante:

Bordeaux, 28 avril 1907.

Cher monsieur,