Et le sergent hésitait...

—Eh bien. On les mène dans le jardin, du côté de la pièce d’eau...

Et le sergent me raconta dans tous ses détails l’effroyable boucherie de la cour martiale.

Depuis l’entrée des troupes, on fusillait sans relâche. On fusillait derrière ces bosquets, dont le vert feuillage m’était apparu et que je revoyais criblé de gouttes de sang. Là, c’était le simple peloton. Quatre par quatre. Contre un mur, contre un banc. Et les soldats s’en allaient, rechargeant tranquillement leur fusil, passant la paume de la main sur le canon poussiéreux, laissant là les morts.

On fusillait aussi autour du grand bassin, près du lion de pierre qui surmonte les escaliers menant à la grande allée de l’Observatoire, le long de la balustrade de gauche.[17]

—Et tous ces morts, qu’en fait-on?

—Tous ceux qu’on a fusillés jeudi, le jour où vous y étiez, me répondit le soldat, on les a enlevés la nuit suivante. De grandes tapissières ont été amenées. Je crois qu’on a tout emporté à Montparnasse.

Je me représentai l’horrible scène. La montagne de morts, ceux qui avaient été fusillés les premiers, écrasés sous le poids de ceux qui étaient venus s’abattre sur leurs cadavres, toute cette chair trouée et sanglante sur la pelouse barbouillée de sang.

Le sergent avait repris son récit. Il détaillait l’abattoir, place par place, peloton par peloton.

—Et, lui demandai-je, on fusille toujours?