Trois jours après cette terrible journée du jeudi 25 mai, le sergent venait prendre mes nouvelles. Il entra la main tendue, le sourire épanoui.

—Eh bien! vous n’avez pas eu de perquisition?... Ma foi, je m’attendais d’un moment à l’autre à vous voir ramener au Luxembourg... Je vous jure qu’on ne chôme pas à la prévôté.

Et il me dit les nuits entières qu’il avait passées, de garde à la salle d’attente qui ne désemplissait pas, et où venaient échouer, à toute heure, les prisonniers faits dans les rafles.

—On perquisitionne partout, reprit-il. Tout le quartier y passera. Cela se fait par îlot. On entoure un paquet de maisons. Une fois cerné, on fouille. Et gare, si vous avez chez vous quelque chose de suspect. Un vieux pantalon de garde, un képi, un ceinturon, un bidon. Le moindre doute vous fait descendre dans la rue. Et puis, c’est selon l’humeur de l’officier qui commande, ou tout bonnement des soldats... Pan! pan! Au mur!... Si l’officier est bon garçon, ou s’il peut tenir ses hommes, on vous amène à la prévôté...

—Et alors?

—Alors? Eh bien, ma foi, c’est encore selon. On commence par vous fourrer dans les caves, où vous attendez jusqu’à ce que le prévôt soit arrivé. Quelquefois, s’il y en a trop, on vide les caves pour faire de la place...

—Ce sont ceux que l’on mène à Versailles?

—Oui et non. Cela tient encore aux hommes qui sont là. Des fois on les mène à l’École militaire. Je crois que de là ils sont dirigés sur Versailles.[16] D’autres fois... D’autres fois...

—Eh bien?

—Eh bien...