Quand nous fûmes à table, dans un cabinet isolé, je racontai au sergent stupéfait notre véritable histoire. Je lui dis comment j’étais tout aussi peu en sûreté, au moment où je lui parlais, que le matin ou la veille.

—Vous m’avez sauvé la peau, lui disais-je. Vous ne voudrez pas me la reprendre!

—Non, me répondit-il, un peu hésitant tout d’abord, non... Mais où voulez-vous aller? Vous pouvez être repris la nuit, dans une perquisition... Ne quittez pas le quartier... Si vous étiez arrêté, on vous amènerait de nouveau au Luxembourg. Vous me demanderiez...

Et le sergent me dit son nom.

Nous ne quittâmes le restaurant qu’à la tombée de la nuit. A... s’en alla de son côté. Le sergent me conduisit jusqu’à la porte de la maison où j’avais résolu de m’abriter.

—Vous! vous! me dit en tremblant l’amie qui me donnait asile. Ah! je ne croyais plus vous revoir...

Et, soulevant un coin du rideau de sa fenêtre, elle me montra le Collège de France, où les juges militaires avaient siégé toute la nuit.

—Ah! si vous pouviez les voir d’ici!... Ce matin quand je suis sortie, mes genoux pliaient d’épouvante... Là-bas, là-bas, au coin de la rue Montagne-Sainte-Geneviève. C’est là qu’ils les mènent fusiller... Il y en a plus de cinquante... Ah! l’épouvantable nuit...

V

l’abattoir du Luxembourg