Me retrouver là, entre deux agents de cour martiale et un sergent versaillais, tout ce monde-là se serrant la main!

refuge

Nous restâmes seuls, A... et moi, avec notre sergent. Qu’allions-nous faire? Ou, plutôt, qu’allais-je faire, moi, le plus compromis?

A... qui, par la suite, ne fut pas poursuivi, pouvait, avec quelque chance, trouver un asile, attendre une quinzaine et filer sur sa province. Mais moi?... Ce sergent, il allait me laisser là, dans la rue...

Si je lui avouais tout! Que je l’ai trompé, que je suis un véritable insurgé! Si je lui demandais de me conduire dans un lieu sûr?...

Ma foi, commençons par faire plus ample connaissance. Et je me risque:

—Dites, sergent, nous n’allons pas rester sur cette grenadine—chez le marchand de vins, nous avions avalé des grenadines à l’eau de seltz,—vous allez bien accepter à dîner avec nous? Car, ajoutai-je avec un rire forcé, depuis ce matin neuf heures, nous ne nous sommes rien mis sous la dent.

Nous nous dirigeâmes vers l’Odéon.

Le Sénat et les rues avoisinantes ressemblaient à un vaste champ de bataille, après la victoire. Les morts s’étalaient en plein soleil. Il n’y avait guère de coin qui n’eût ses deux ou trois cadavres. J’en comptai cinq, autant que je pus le faire d’un coup d’œil rapide, le long du mur qui fait face au restaurant Foyot. A toutes les fenêtres, des officiers, des soldats.

Nous entrâmes au restaurant Martin, rue Rotrou, tout près de la place de l’Odéon.