L’affaire Chaudey.
Pourquoi Raoul Rigault a-t-il, brusquement, dans la soirée du mardi au mercredi 24 mai, pris la résolution de fusiller le rédacteur du Siècle, détenu à Sainte-Pélagie?
—Vous avez vu Rigault le mercredi matin? me demande Ranc.
—Oui. Au café d’Harcourt. Place de la Sorbonne.[274] C’est là qu’il m’a appris l’exécution. En quelques phrases brèves, hachées, jetées à la hâte... La bataille allait éclater, tout près... Mais je n’ai pas eu le temps de l’interroger... Je ne l’ai revu que mort, la tête fracassée, le lendemain, rue Gay-Lussac...
—Sapia?... Madame Sapia?
—Je n’en sais rien... Si, cependant... En exil, Chardon m’a conté que la veuve et la mère de Sapia venaient souvent, très souvent, à la préfecture de police... Un jour même, pendant que madame Sapia était là, madame Chaudey vint demander l’autorisation de voir son mari à la prison... La veuve et la mère de Sapia poussèrent-elles Rigault à venger le mort? Chardon n’osait pas l’affirmer... Mais il n’était pas loin de le croire.
—Et l’article du Père Duchêne?
—Eh bien!... Vous le savez...
—Non... On m’a dit... Advenant?[275]
—Oui... Un soir, tard—les formes étaient déjà serrées—on apporta un article... l’article fameux... Il est exact qu’il ait été donné par Advenant... On desserra les formes pour le mettre à la dernière page. Le lendemain, ou deux jours après, Chaudey était arrêté.[276]