—Quand j’eus quitté les pièces, raconta-t-il, je restai dans le cimetière. Vers le bas. Quelques fédérés, que j’avais rencontrés, et moi. Nous entendîmes les premiers coups de feu des soldats, vers quatre heures. Ils étaient entrés en perçant le mur de la rue des Rondeaux, tout près d’ici... Là...

Privé indiquait de la main un endroit de l’enceinte. Pas loin du Mur.

—Aux premiers coups de feu, continue-t-il, nous grimpons rapidement. Six ou sept. Nous nous cachons dans un fourré de cyprès, proche du monument de Casimir-Perier... Nous sommes restés là des heures. Tirant par-ci par-là un coup de feu. Les soldats n’avançaient pas. Ce ne fut qu’à la nuit tombée que nous entendîmes un grand bruit de pas et de fusils. Ils arrivaient en nombre... Nous n’avions plus qu’à nous réfugier dans la partie du cimetière encore inoccupée... Les soldats bivouaquaient... Moi, vers le milieu de la nuit, je grimpai au sommet du mur d’enceinte, et me laissai tomber de l’autre côté... J’étais hors de danger.

—Alors, on ne s’est pas beaucoup battu, au fond, dans le Père-Lachaise?

—Si. Et non. Par petits paquets. Des coups de feu isolés. Une chasse à l’homme. Toute l’après-midi du samedi... Mais c’est tout... Ceux qu’on a fusillés, ils venaient d’autre part... Ramassés un peu partout. Dans le cimetière même. Dans les escarmouches qui précédèrent l’entrée des soldats...

Nous nous étions éloignés du Mur.

Quelques jours après, je retournais au Père-Lachaise.

Je cherchais depuis longtemps un témoin de l’hécatombe du dimanche matin.

Je le rencontrai.

Un conservateur du cimetière, M. Leprestre. Jeune employé en 1871, il avait vu. Tout vu. Les malheureux qui, serrés, en tas, attendaient la fusillade. Les morts. Les horribles fosses.