Un témoin et acteur du drame, que nous avons consulté, se souvient très nettement de ce chiffre de cinquante, en premier lieu parce qu’il a compté lui-même les otages à la Roquette, et aussi parce qu’il a assisté, avant la fusillade, à leur partage en cinq groupes de dix dans la cour où ils attendaient.
[95] Les dalles, encastrées dans le pavé, sur lesquelles s’appuyaient les bois de justice au jour des exécutions capitales, avaient été arrachées le 6 avril 1871. François les avait fait transporter chez lui, 17, rue de Charonne, où il avait sa boutique d’emballeur. Elles s’y trouvaient encore à la date du 14 janvier 1872.
[96] Les débats du procès dit de l’Opéra-Comique se déroulèrent du 7 au 16 novembre 1853, sous la présidence de Zangiacomi. Dans son réquisitoire, le procureur général Rouland dit, à propos de Ruault:
«Ruault! Pourquoi discuter? Il est mêlé à tout. Il a tout organisé. Conspirateur rusé, tenace, sombre, il est impassible, il oppose une dénégation absolue aux charges qui l’écrasent. Il est l’un des plus coupables. Qu’il soit sévèrement frappé par votre justice!»
Ruault fut condamné à la déportation.
Lorsqu’Albert Fermé publia, en 1869, son livre des Conspirations du second Empire, Ranc, qui avait été un des accusés dans le complot de l’Opéra-Comique, lui écrivait: «Après quinze ans, je vois encore les bancs de la Cour d’assises, je vois, assis entre deux gendarmes, Joseph Ruault, un caractère stoïque, une âme impassible...»
Quelles mystérieuses et atroces misères ont conduit ce fier combattant aux infâmes besognes qu’il paya d’une mort, hélas méritée!
[97] Protot (Eugène), membre de la Commune (onzième arrondissement), délégué à la Justice (17 avril), membre de la Commission exécutive (27 avril).
[98] Lors de sa comparution devant le conseil de guerre, Gaston Da Costa fit la déposition suivante: «En faisant des recherches à la Préfecture de police sous les ordres de M. de Kératry, nous reconnûmes (Rigault, alors commissaire central, et Da Costa), que Ruault était agent secret depuis 1857, à 200 francs par mois. Si nous avions voulu le faire fusiller sous la Commune, nous l’aurions dénoncé à son bataillon et il aurait été fusillé. Rigault interrogea Ruault le 16 mai. Il lui dit que s’il ne faisait pas de révélations, il serait fusillé le lendemain. Le lendemain, Ruault faisait des révélations, et l’affaire n’eut pas de suite.» (Gazette des Tribunaux. Procès Da Costa, 28 juin 1872)
[99] Regnard (Albert), docteur en médecine, secrétaire général de la Préfecture de police.