Le fourgon disparaît à l’angle de la rue de la Roquette.

Un grand mouvement se fait soudain du côté de l’entrée du boulevard Voltaire. Des bras se lèvent, avec de grands cris.

—A mort! A mort!

Au-dessus des têtes, dépasse le torse en uniforme d’un cavalier, capitaine d’état-major, la poitrine barrée d’aiguillettes d’or. Le cheval blanc se cabre. L’officier disparaît, tiré à bas de sa monture. Les cris redoublent.

—A mort le traître!

Une cantinière en uniforme, ceinturée de rouge, la jaquette déboutonnée, le chapeau rond rejeté en arrière, désigne du doigt l’officier. C’est la cantinière du 66e bataillon fédéré, Lachaise,[27] qui crie d’une voix éclatante:

—C’est la canaille qui nous a fait massacrer!

Les hommes qui entourent Lachaise racontent à leurs voisin la terrible histoire. Premier acte du drame qui va se dérouler.

L’officier est le comte Charles de Beaufort, qui signait ses ordres du titre de capitaine d’état-major, secrétaire du général ministre de la Guerre.[28]

Ancien sergent d’infanterie, capitaine pendant le siège d’un bataillon de garde nationale du faubourg Saint-Antoine, proche parent du membre du Comité central Édouard Moreau,[29] Beaufort flânait à l’Hôtel de Ville, en quête d’une situation ou d’un grade, quand il rencontra Cluseret,[30] qui l’emmena dans sa voiture jusqu’au ministère. Beaufort y resta.