Très élégant, Beaufort affichait d’étincelantes bottes vernies sur une culotte de peau de daim d’une irréprochable blancheur. Il fit partie de l’état-major de la Légion d’honneur, mais peu de temps et sans fonctions bien définies.
Beaufort était brave—il avait été à Neuilly, aux côtés de Dombrowski—[31] et quelque peu noceur. Un jour qu’il rentrait au ministère, le factionnaire de garde, un fédéré du 66e bataillon, le trouvant par trop éméché, lui barra l’entrée. Furieux, le capitaine d’état-major interpella grossièrement le factionnaire et les fédérés rassemblés au bruit de la dispute.
—Ah! vous êtes le 66e, leur cria Beaufort en les quittant. Je me souviendrai de vous et je vous promets de vous purger à ma façon.
Cette parole devait coûter la vie au beau capitaine.
Quelques jours après cet incident, l’armée de Versailles entrait à Paris.
Le 66e bataillon était envoyé aux avancées à la Madeleine, où grondait déjà la bataille. Il y était décimé, laissant soixante des siens sur le pavé. Six hommes du bataillon, cernés et faits prisonniers, avaient été fusillés sous les yeux de leurs camarades, retranchés un peu plus bas.
Dans la nuit du mardi, harassés, traînant leurs blessés, ramenant quelques-uns des morts, les hommes du 66e regagnèrent le onzième arrondissement.
Ils étaient tous des environs de la mairie où depuis le matin siégeait la Commune. De la rue de la Roquette, du boulevard Voltaire, du boulevard de Ménilmontant, de toutes les rues populeuses du quartier. Sous le siège, ils avaient eu pour commandant Avrial,[32] qui avait été élu membre de la Commune, et, pour porte-drapeau, Genton.[33]
Genton est là-haut, à la mairie, près de Ferré,[34] qui en a fait, huit jours auparavant, un juge d’instruction.
Les sanglants épisodes de la journée de combat à la Madeleine reviennent dans les conversations des groupes. On les discute.