Beaufort, déchiré, défiguré, sanglant, eût attendri les pavés de la rue. La cantinière qui l’a dénoncé, celle qui a demandé à grands cris sa mort, Lachaise, sent, à cet instant suprême, son cœur de femme s’amollir. Elle se jette en face des fusils.

—Ah! ne le tuez pas, crie-t-elle, désespérée. Je ne veux pas qu’on le tue!

Vaines et tardives supplications. La foule ruée sur Beaufort ne pourrait même plus arrêter son élan. Les fusils s’abattent sur le capitaine.

la cantinière Lachaise

Dans ce premier acte du grand drame qui va se terminer au pied du mur de la Roquette, la cantinière du 66e tient le premier rôle. C’est elle qui dénonce Beaufort. C’est à sa voix qu’obéissent ceux qui l’arrêtent et qui, bientôt, le fusilleront.

L’influence qu’exerçait sur les hommes du 66e la cantinière Lachaise est expliquée par les deux documents suivants, extraits, l’un et l’autre, du Cri du Peuple de Vallès.

Tout d’abord une note, parue dans le Cri du 8 avril 1871, après la désastreuse affaire du plateau de Châtillon, où fut fait prisonnier Duval:[39]

La cantinière du 66e bataillon, la citoyenne Lachaise, est une gaillarde et une crâne femme. Elle a bien mérité de Paris et nous sommes heureux de le lui dire.

Cette brave femme du peuple n’a cessé, depuis trois jours, de faire le coup de feu dans la plaine de Châtillon et de voler au secours de ceux qui tombent, frappés par les balles des sbires de Versailles.

Elle est à la fois soldat et chirurgien.