La foule accusait Beaufort, non seulement du désastre du 66e, mais encore d’avoir joué le rôle d’espion à la solde de Versailles. Beaufort se défendit vivement de cette dernière accusation.[37] Quand on le fusilla, on trouva sur lui une somme d’argent minime, trois cents francs. Il n’avait d’autres papiers que des ordres de la Commune et sa commission de capitaine.
A peine Beaufort apparaît-il sur le seuil de la boutique où il vient d’être jugé, que les clameurs s’élèvent, plus violentes encore:
—Il nous le faut! Il nous le faut! Il y a assez longtemps qu’il nous trahit!
L’heure est tragique. Nul doute ne peut s’élever sur le dénouement. On va chercher Delescluze, qui descend, monte sur un banc, cherche à faire entendre sa voix, déjà à demi éteinte.
Fortin, lui aussi, veut s’interposer. D’autres encore. Peine inutile. Genton parle, cherche à apaiser les fureurs.
Déjà Beaufort est loin d’eux, roulé par la vague désormais irrésistible.
C’est la mort.
Quelqu’un qui a suivi cette foule effroyable a vu Beaufort jusqu’à ce qu’il tombât pour ne plus se relever.
Le brillant capitaine, qui, à son arrivée sur la place, caracolait, secouant ses aiguillettes d’or, n’a plus forme humaine. La face tuméfiée, l’uniforme couvert de boue et de crachats, il se laisse traîner sur les genoux...
Le voilà au bout de son calvaire, une palissade en planches qui, sur le côté gauche de la place, clôt un chantier de marchand de bois.[38]