Genton fait un signe de la main. Son écharpe rouge impose silence aux premiers rangs.
—Citoyens, dit-il, la Commune a décidé que le capitaine de Beaufort passerait devant la cour martiale.
A ce même moment, m’a raconté un témoin, se dirigeait vers le Père-Lachaise, traversant la place, une file de corbillards, portant à l’avant un drapeau rouge, et que suivaient des gardes en armes et des femmes.
Des morts de la bataille que l’on conduit à la fosse commune.
Beaufort est toujours là.
Un cri s’élève:
—C’est son tour à lui!
La cour martiale s’installe dans le bureau du 66e, la petite boutique de la rue Sedaine. Le colonel Émile Gois la préside, le même colonel Gois[35] que nous reverrons, le vendredi, préparant la grande tragédie de la rue Haxo. Genton est près de lui, et aussi le secrétaire de Genton, Fortin.[36]
—Nous ne voulions pas, m’a dit Fortin, condamner Beaufort à mort. Il ne nous était pas prouvé qu’il fût responsable de la défaite du 66e à la Madeleine. Nous convînmes entre nous trois qu’il serait dégradé, qu’on lui retirerait ses insignes et son uniforme de capitaine, et qu’il serait conduit à la barricade la plus proche pour y faire le coup de feu avec les autres. C’est ce que nous dîmes aux hommes auxquels il fut remis.
—S’il ne se bat pas bien, ajouta l’un de nous, cassez-lui la tête.