A quelle heure précise le capitaine de Beaufort fut-il exécuté, le mercredi 24 mai? Il est difficile de fixer ce détail avec précision.[40] Ce n’est déjà point chose facile de recoudre les épisodes que l’on recueille de la bouche des témoins, pour en former un tout qui soit la vérité, ou une part de la vérité.

A quelle heure la foule, que la fusillade d’un seul homme n’a point satisfaite, songea-t-elle à de nouvelles représailles?

Que se passa-t-il, dans l’intervalle, dans l’âme de cette masse exaspérée, que la défaite enfermait dans un cercle de plus en plus étroit?

D’heure en heure, les nouvelles sinistres se succèdent. Des fuyards de la rive gauche apportent le récit de l’attaque du Panthéon, laissant prévoir qu’il serait occupé presque sans combat. En juin 1848, il avait fallu crever à coups de boulets ses portes de bronze.

Vers quatre heures, le Père-Lachaise tonne. A ce moment, le drapeau tricolore flotte sur la Montagne Sainte-Geneviève. C’est pis que la défaite. C’est la déroute, l’annonce des représailles toutes proches, des fusillades en masse, des cours martiales et de leurs horreurs.

—Il nous faut les otages! crie quelqu’un dans un groupe.

Et l’on répète partout:

—Il nous faut les otages! Qu’on exécute le décret!

La loi des otages, votée le 5 avril à l’Hôtel de Ville, n’a jamais été appliquée. Les prétextes n’auraient certes pas manqué. Mais les pourparlers entamés avec Versailles, pour l’échange de l’archevêque contre Blanqui, avaient fait que malgré les massacres répétés de prisonniers, le décret n’avait pas été mis à exécution.[41]

—Les otages! Les otages!