La parole de sang a couru dans cette foule. La Roquette est là, tout près, à cent pas. Sinistre voisinage. Depuis deux jours, les prisonniers de Mazas y ont été transférés. L’archevêque, le curé de la Madeleine, le président Bonjean, des prêtres, des jésuites, des sergents de ville, des gardes de Paris—sans compter le banquier Jecker.[42]
Une délégation, prise dans un groupe, entre à la mairie, demande, exige l’exécution du décret.[43]
C’est toujours Ferré qui est là, ayant encore près de lui son juge d’instruction Genton et son secrétaire Fortin. Il signe un ordre d’exécution[44] de six otages, sans les désigner autrement. Ordre à présenter au directeur de la Roquette, François.
L’ordre est remis à Fortin, qui redescend sur la place avec la délégation.
Fortin porte l’écharpe rouge en sautoir, le sabre au côté. Ce sabre—qui jouera tout à l’heure un rôle—est le propre sabre de Ferré, qui l’a donné à Fortin l’avant-veille, au cours d’une visite faite ensemble, pour en retirer des papiers importants, à une chambrette qu’avait Ferré, rue Dauphine.
Fortin monte sur un banc.
—Qui vient avec moi? crie-t-il. Voilà l’ordre de fusiller six otages, en représailles des six du 66e, fusillés à la Madeleine.
—Tous! Tous! répond la foule.
Un pompier, casqué, est au premier rang. Il fera feu le premier en face du mur de mort.
—Moi! moi! crie-t-il. Ils ont assassiné mon frère!