Pourquoi ils en veulent à l’archevêque? Ils n’en savent rien. L’archevêque, c’est de tradition. Affre[50] frappé à mort sur les barricades de juin. Sibour[51] assassiné—par un prêtre. Les archevêques de Paris sont voués à un destin tragique.

L’archevêque Darboy avait le pressentiment de la mort cruelle, et, disons-le, imméritée, qui lui était réservée.

Il avait été vicaire général de Sibour. Il avait travaillé aux côtés de Affre. Il le rappelait avec une douloureuse insistance à ceux qui lui rendaient visite dans sa cellule.

—Je mourrai comme monseigneur Affre, disait-il à Flotte, tout ému lui-même, ce brave Flotte... Je mourrai avec sa croix sur la poitrine.

Et l’archevêque montrait la croix pastorale qu’il tenait du prélat, son ancien maître.

Oserai-je confesser ici que la mort de l’archevêque, si peu de responsabilité qui puisse m’en incomber, m’a laissé, sinon un remords, du moins une impression pénible qui subsiste encore en moi?

Je ne puis me rappeler, sans maudire l’injustice des hommes, que nous avons fusillé celui qui fit tant pour Blanqui—notre maître à tous, notre idole et notre espoir,—et qui le fit sans l’arrière-pensée basse de sauver sa propre existence.

—Croyez-moi, disait-il encore à Flotte, qui me le répétait le soir même d’une de ses visites à Mazas, vous n’obtiendrez rien de Thiers. M’aider à me sauver, moi! Mais vous ne savez pas, vous ne pouvez savoir de quelles haines me poursuivent, jusque dans ma prison, ceux que j’ai combattus toute ma vie...[52]

L’archevêque, si bien fixé qu’il fût sur son sort tragique, n’en écrivait pas moins à Versailles toutes les lettres qui pouvaient être utiles à la cause que défendait Flotte. La liberté de Blanqui.

Jusqu’au mercredi matin de la semaine de Mai, je possédai un original de chacune de ces lettres, transcrites de la main même du prélat.